13 août 2026

Le flan de la discorde

THPI ascendant Bélier

Acte I — Le flan de la discorde

Depuis que mon WAIS-IV a posé quelques mots et quelques chiffres sur mon fonctionnement, je relis forcément certaines situations de ma vie différemment.

Je découvre certaines forces, certaines faiblesses, des mécanismes que je connaissais déjà sans vraiment savoir les nommer… et surtout quelques-uns de mes détonateurs.

J’en ai identifié un récemment.

Je l’appelle : « Tout à l’envers. »

C’est ce moment assez particulier où quelque chose me paraît tellement illogique, incohérent ou injustifié que mon cerveau refuse simplement de passer à autre chose.

Le problème, c’est qu’entre mon THPI fraîchement découvert et le Bélier qui sommeille en moi — assez peu profondément — les choses peuvent parfois aller très vite.

Très, très vite.

Et lundi soir…

« les fils se sont touchés ».

Pourtant nous venions de passer une très bonne journée pour l’anniversaire de ma belle-mère.

Restaurant, visite près de Narbonne, retour tranquillement à la maison… une journée que j’avais pris plaisir à organiser pour elle.

Le soir, nous dînons tous ensemble.

Arrive le dessert.

Ma femme se tourne vers moi :

— Mince, on n’a pas pensé à prendre un gâteau pour maman ce soir.

Je réalise immédiatement :

— C’est vrai ! Il faudrait quand même qu’elle souffle sa bougie !

Elle n’avait pas pris de dessert au restaurant le midi.

Donc pas de gâteau.

Pas de bougie.

Ma belle-mère propose alors de sortir une « Viennetta » du congélateur.

Parfait.

Une glace, une bougie, un anniversaire : le dossier semble pouvoir être bouclé sans intervention de l’ONU.

Mais c’était sans compter sur… le flan.

Ma fille me rappelle :

— Mais toi Papa, tu as ton flan à manger.

Petit retour en arrière.

La veille, ma fille et son petit ami étaient allés acheter des pâtisseries.

Elle m’avait demandé ce que je voulais.

J’avais répondu : « rien ».

Mais pour me faire plaisir, elle m’avait quand même acheté un flan.

Et je précise immédiatement : je ne fais aucune critique. Au contraire. Ça partait d’une adorable attention et je l’en avais remerciée.

Seulement voilà : je n’avais pas mangé le flan la veille et, pour respecter sa date limite, il fallait maintenant le manger.

Enfin… « il fallait ».

C’est précisément là que les choses commencent à m’échapper.

Je réponds à ma fille : « Merci ma chérie, je sais que le flan partait d’un bon sentiment, et je te remercie encore, mais ce soir c’est l’anniversaire de mamie et j’ai plutôt envie de manger une part de Viennetta avec tout le monde ».

Et là, ma femme et ma belle-mère m’expliquent qu’il faut quand même que je mange le flan.

Sinon… « on va devoir le jeter. »

Je ressens alors quelque chose de très personnel, comme un voyant rouge qui vient de s’allumer.

Une sorte de signal d’alerte.

Je demande :

— Attendez… vous êtes réellement en train de m’expliquer que je dois manger un flan même si je n’en ai pas envie ?

Ma fille répond :

— Bah je ne t’achèterai plus de flan !

Ma belle-mère me regarde avec cette expression qui laisse entendre que mon cas nécessiterait probablement une prise en charge spécialisée.

Et ma femme m’explique très sérieusement qu’il faut comprendre qu’on puisse ne pas être tous du même avis.

Et là… le voyant rouge se met à clignoter.

Comment peut-on donner autant d’importance à un flan que je n’ai pas commandé et qui ne me semble pas être la priorité du soir ?

« Tout le monde peut ne pas être de ton avis ! »

En fait, pour moi… il ne devrait même pas y avoir deux avis.

Je n’ai pas commandé ce flan.

J’avais même dit que je n’en voulais pas.

Ma fille me l’a acheté pour me faire plaisir et l’attention, elle, m’a réellement fait plaisir.

Mais ce soir-là, je n’ai simplement pas envie de flan et puis… une Viennetta pour la bougie de mamie c’est pour moi la priorité absolue.

J’ai envie de partager ce dessert d’anniversaire avec tout le monde.

Alors je me tourne vers ma fille et lui demande :

— Dis-moi… qu’est-ce qui est le plus important ? Que je mange le flan ou que Mamie souffle sa bougie ?

La réponse semblait résonner en elle comme une évidence.

— Les deux.

Comment ça les deux ?

Et voilà.

Deuxième voyant rouge.

Comment le fait que je mange un dessert que je n’ai pas demandé et dont je n’ai pas envie peut-il entrer en concurrence avec le fait de partager un petit moment d’anniversaire tous ensemble ?

« Tout à l’envers »

Maintenant tous les feux sont au rouge et pourtant nous ne sommes pas au bout.

Ma belle-mère intervient :

— De toute façon, je ne veux pas souffler de bougie. Je l’avais dit à ma fille.

Ah bon ? Pas de bougie ? Et vous ne pouviez pas le dire plus tôt à tout le monde ?

Puis ma femme ajoute :

— Mais tu avais demandé un flan à ta fille ! On ne va quand même pas le jeter !

Avant même que j’aie le temps de répondre, ma fille intervient :

— Non. Il m’avait dit qu’il n’en voulait pas.

Et là… le Bélier aperçoit la porte.

Cette porte entrebâillée qui n’attend que cela… que l’on s’y engouffre.

Je regarde ma femme :

— Maintenant, remets tout dans l’ordre et on en reparle.

Ma belle-mère tranche alors sèchement :

— Oh, ça suffit maintenant !

Mauvaise idée.

Très mauvaise idée.

Parce que le Bélier ne connaît visiblement pas très bien le concept de cessez-le-feu.

— Bah non, ça ne suffit pas ! Comment c’est possible que vous me preniez tous la tête pour une part de flan ?

Et puis arrive la phrase autant assassine qu’injuste :

— Le jour de mon anniversaire, merci !

Et là…

TOUT À L’ENVERS.

Merci à qui ?

Merci pour quoi ?

C’est justement parce que c’est son anniversaire que toute cette histoire a commencé !

Moi aussi, au départ, je pensais avoir une gentille attention : elle n’avait pas soufflé de bougie le midi et je voulais simplement qu’elle puisse le faire le soir.

Puis quelques minutes plus tard, j’étais devenu la cible de la coalition féminine.

Mon cerveau cherche encore la logique.

Le Bélier, lui, a cessé de la chercher.

Je finis par partir dans la chambre en claquant la porte en lançant à ma femme :

— Allez tous vous faire voir !

Ma femme :

— Ne manque pas de respect !

Moi :

— Vous non plus !

Ambiance nordique…

Seul dans la chambre, une nouvelle réflexion fait surface :

Mais pourquoi c’est moi qui m’isole ?

Je retourne donc à table.

Ma femme me propose finalement une part de « Viennetta ».

Je repousse l’assiette :

— Non. Il n’y a pas de bougie.

Oui… à ce stade-là, même moi, en l’écrivant quelques jours plus tard, je me trouve légèrement fatigant.

Très légèrement tout de même… faut pas abuser non plus.

Ils commencent ensuite une partie de Skyjo.

J’ai refusé l’invitation.

Je les regarde jouer quelques minutes.

Puis je vais me changer et je pars faire un tour.

Il est environ 22 heures.

Je rentrerai finalement à 1 h 30 du matin après un passage au casino.

Bilan comptable du flan : – 200 €.

Probablement le flan le plus cher de toute l’histoire de la pâtisserie française.

Mais le véritable prix, je l’ai payé le lendemain, au réveil.

Je suis épuisé.

Vraiment épuisé.

Pas simplement parce que je me suis couché tard.

Mentalement épuisé.

Parce que pendant la nuit, mon cerveau, lui, ne s’est pas couché.

La scène a tourné en boucle.

Le flan.

La bougie.

Le « les deux ».

Les réactions.

Les phrases.

Ce que j’ai répondu.

Ce que j’aurais pu répondre.

Ce qu’ils ont sans doute compris.

Et toujours cette même sensation : tout était à l’envers !

Au matin, j’en suis au point de dire à ma femme que je vais faire ma valise et rentrer à la maison.

Que ce n’est pas possible.

Que de la plus jeune à la plus âgée, il n’y en a pas une pour rattraper l’autre.

Qu’elles m’ont toutes les trois fatigué.

Énormément.

Incroyablement.

Et, dans ma tête, je continue à penser que dans cette histoire, ce sont elles qui ont tort.

Toutes les trois réunies.

Parce qu’à l’origine de cet incroyable « conflit géopolitique », il y avait quoi ?

Une intention gentille de ma part, pour finir cette belle journée.

Une bougie.

Une « Viennetta ».

Et un flan que je n’avais jamais demandé.

Tout ça pour un putain de flan !

L’explosion aura duré quelques minutes.

Sauf dans ma tête.

À cet endroit-là, elle a duré toute la nuit.

Et c’est peut-être là que commence la partie réellement intéressante de cette histoire.

Pourquoi suis-je incapable de lâcher certaines situations, même dérisoires, tant que je considère qu’elles ne sont pas résolues ou remises dans l’ordre ?

Pourquoi ce cerveau continue-t-il à tourner, encore et encore, jusqu’à parfois m’épuiser ?

« Puissant mais coûteux. »

Je crois que je commence à comprendre à quel point.

A suivre…

Plume Noire – quelques jours après l’épuisement…

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