Nous sommes le 5 décembre 2025, au petit matin.
Le vendredi, je dors habituellement un peu plus tard.
Pas aujourd’hui.
J’ai rendez-vous chez Camille à 15 heures pour le compte rendu du WAIS-IV passé deux semaines plus tôt. Depuis cette journée, les questions se sont multipliées.
À l’issue du test, elle m’avait déjà dit, presque sans hésiter, qu’elle pensait que j’étais HPI.
Pourtant, ce n’est pas un chiffre que j’attends.
J’attends des réponses.
Depuis mon enfance, je me sens comme en décalage avec la pensée commune.
Un décalage difficile à expliquer.
Pas toujours présent.
Au fil des années, ce sentiment ne s’est pas estompé. Il s’est installé. Il a même grandi.
Ma façon de penser évolue.
Mon regard sur les autres aussi.
Mon niveau d’exigence.
Mon besoin de comprendre.
Ma tolérance.
Je me surprends à supporter de moins en moins la bêtise profonde. Celle qui ne cherche pas à comprendre. Celle qui se satisfait de l’à-peu-près. Celle qui peut faire du mal gratuitement, parfois avec une désarmante légèreté.
Est-ce simplement l’âge ?
Je n’en sais rien.
Je sais seulement qu’à cinquante-six ans, j’ai besoin d’un repère.
Pas d’une étiquette.
D’une explication.
J’ai besoin de savoir si, depuis toutes ces années, le problème vient réellement de moi… ou si je fonctionne simplement autrement.
Le rendez-vous approche.
Nous sommes maintenant en fin de matinée et je consulte mes mails.
À 10 h 14, Camille m’annonce qu’elle est contrainte d’annuler notre rendez-vous du jour. Une grosse laryngite. Elle m’explique que cela lui arrive régulièrement et que sa voix pourrait mettre du temps à revenir.
Ironique, perdre la voix le jour où je dois venir chercher des réponses…
En lisant la suite de son message, je découvre qu’elle a tenu à ne pas me pénaliser.
Le compte rendu est en pièce jointe.
Elle termine son mail par de nouvelles excuses et me propose un nouveau rendez-vous… fin janvier 2026, dans ses nouveaux bureaux.
Près de deux mois plus tard.
Heureusement qu’elle m’a envoyé ce document.
J’ouvre le PDF.
Je commence à lire.
Les premières pages reviennent sur le WAIS-IV, l’anamnèse, les conditions de passation du test.
Puis viens très vite le cœur du sujet.
Je m’arrête presque immédiatement sur plusieurs passages.
« Tout au long de l’évaluation, il s’est montré impliqué, motivé et animé par une forte envie de bien faire… »
Cette quête de bien faire me suit depuis toujours.
Puis un autre passage.
« Malgré cette exigence personnelle très élevée et un perfectionnisme marqué… »
Exigence.
Perfectionnisme.
Je ne découvre rien, je me reconnais.
Puis l’annonce du résultat brut.
QIT : 146.
Je reste quelques instants devant ces trois chiffres.
Un étrange soulagement s’empare de moi.
Comme si ce résultat ne venait pas me dire que j’étais plus intelligent que d’autres.
Comme s’il venait simplement me dire que je n’avais peut-être pas imaginé toutes ces années de décalage.
Puis une phrase attire mon attention.
« Le profil est hétérogène. »
Hétérogène ?
Je relis.
Je cherche.
Je m’interroge.
Comment peut-on appartenir aux 0,1 % de la population… tout en étant qualifié d’hétérogène ?
Il me faudra plusieurs lectures du compte rendu, des recherches et quelques jours de réflexion.
Puis tout devient plus clair.
Ce n’est pas mon cerveau qui est hétérogène, ni même mon être.
C’est mon fonctionnement cognitif.
Ma mémoire de travail est plus sensible au stress et à la surcharge que le reste de mes capacités.
Je peux raisonner très vite.
Conceptualiser très vite.
Analyser très vite.
Mais lorsque plusieurs informations arrivent simultanément, sous contrainte de temps, avec le stress, tout me devient plus coûteux.
A l’heure des économies d’énergie, c’est comme si je naviguais à contre courant.
Certaines situations, certains instants de vie, m’obligent à puiser plus profondément dans mes ressources.
Ce qui explique sans doute ce sentiment de fatigue permanente que je ressens.
Comme une forme de saturation.
En découvrant cela, j’ai repensé à ma vie passée.
À certains épisodes personnels.
À mon parcours professionnel.
À cette fatigue mentale.
C’est comme si, maintenant, tout devenait cohérent.
Je crois même que c’est à ce moment-là que j’ai compris quelque chose d’essentiel.
Chaque être humain est unique, personne ne fonctionne exactement de la même manière.
Nous possédons tous nos propres curseurs.
• l’empathie ;
• la logique ;
• l’intuition ;
• la créativité ;
• la mémoire de travail ;
• la vitesse de traitement ;
• le langage ;
• la sensibilité sensorielle ;
• le besoin de justice ;
• le besoin de sens ;
• la tolérance à l’incertitude ;
• l’impulsivité ;
• l’attention…
…et bien d’autres encore.
Nous sommes la somme de tous ces réglages.
Le WAIS-IV ne m’a pas défini.
Il ne m’a pas enfermé dans une case.
Il m’a offert une grille de lecture.
À 56 ans, même si je n’ai pas trouvé toutes les réponses, je comprends mieux certains de mes propres curseurs.
Aujourd’hui, les questions ne sont plus les mêmes.
Plume Noire – Quelques jours après la découverte de mon THPI à dominante verbale, au profil hétérogène.
Quelle découverte… à 56 ans.
