Entre curiosité et prudence, cette créature hybride, représentée ici sous la forme d’une image issue de mon imaginaire, illustre parfaitement ce que j’ai ressenti lors du WAIS-IV : un mélange d’étonnement, de doute et de réflexion.
Wais IV du 21/11/2025
Vendredi, j’avais rendez-vous avec moi-même.
Je rédige ce « mémo » durant les quelques jours qui ont suivi mon rendez-vous chez Camille1, Psychologue Clinicienne dans le Val d’Oise, chez qui j’ai passé le test Wais IV.
Nous avions rendez-vous à 10h30 ce vendredi 21 novembre 2025, dans son cabinet de psychologie, logé au-dessus d’une crèche.
Un endroit qui s’avérera être un petit nid de tranquillité.
Le fait d’être situé au-dessus d’une crèche est un élément qui m’avait marqué lors de ce 1er rendez-vous. En cas de « turbulences » cela aurait pu être perturbant.
Ce ne fut pas le cas.
Durant le 1er rendez-vous, celui de l’anamnèse, ce rendez-vous « des motivations », de la « compréhension », du « pourquoi vouloir faire ce test ? », j’avais alerté Camille de ma fragilité au niveau de l’écoute.
On m’a décelé une « Otospongiose » depuis une trentaine d’années, une maladie qui affecte l’oreille moyenne et l’oreille interne. Une maladie qui fait en sorte de bloquer un élément important de la transmission du son : l’étrier. Cet étrier se détériore progressivement, au point de transmettre de moins en moins de vibrations à l’oreille interne, de moins en moins de son, de moins en moins de compréhension pour moi.
Surtout dans les grands espaces, là où tout ne devient que brouhaha.
La seule solution envisagée est l’opération et pour l’instant je n’ai pas encore été opéré. Repoussant inexorablement ce qu’on m’a annoncée comme étant à « risques potentiels ». De faibles risques certes, puisque seulement 5% des opérations laissent des séquelles. Seulement 5% oui, mais avec des séquelles qui peuvent être très importantes. Comme des vertiges constants dus à un déséquilibre de l’oreille interne… ou encore la perte définitive de l’audition.
Bref… j’ai 56 ans aujourd’hui et je suis maintenant atteint d’otospongiose au niveau des 2 oreilles. L’oreille gauche ayant eu la mauvaise idée de copier son homologue de droite.
Cela me rend la vie difficile, parfois.
Même… de plus en plus.
Selon la résonance du lieu où l’on se trouve, je peux ne plus être en capacité de suivre une conversation, même à faible distance. Ce ne fut pas si évident de le faire comprendre à mes proches. Jusqu’au jour où j’ai dû expliquer à ma femme et mes jumeaux, encore tous les 2 chez nous, que la perception des mots devenait de plus en plus compliquée. Mes grandes filles, elles, doivent être à mille lieux d’imaginer que cette maladie héréditaire (malheureusement génétique et donc transmissible à tous mes enfants) perturbe quotidiennement mon écoute.
A ce moment-là je commençais à ne plus comprendre les miens, sous notre propre toit.
Dur moment de vie.
Sans oublier les acouphènes persistants que je dois supporter depuis 15 ans environ.
C’est pour moi et de loin le plus compliqué à vivre, les acouphènes.
J’en ferai certainement un article à part entière car sans le vivre soi-même je pense qu’il est très difficile de comprendre. C’est une fatigue constante, usante, un vrai handicap qui n’est pourtant pas reconnu comme tel dans notre pays.
Fermons la parenthèse, je ne suis pas là pour geindre et ce n’est pas le sujet de ce « mémo ».
Ce vendredi, aucun bruit parasite extérieur n’aura perturbé cette séance. Si ce n’est peut-être un léger bal de perruches bruyantes qui m’ont sorti de ma concentration, parfois délicate, pendant quelques secondes en milieu de test.
Un très court laps de temps.
J’étais face aux fenêtres.
Avant cela, nous étions entrés dans le vif du sujet vers 10h40. Tout débuta avec le test des cubes bicolores (blanc/rouge). J’ai pris du plaisir avec ce test, que je découvrais complètement mais qui ne m’a posé aucun souci particulier. Sauf un « changement d’angle de vue » que je n’ai pas décelé immédiatement mais tout de même très rapidement.
J’ai réussi toutes les formes dans des délais raisonnables.
En tout cas, c’est mon ressenti.
Se sont ensuite enchainés : les matrices, les similitudes, les codes, les puzzles visuels, la mémoire courte, les définitions, la culture générale, le calcul mental… pendant tout cela, le chronomètre était parfois déclenché, parfois non.
(Tests listés dans le désordre, volontairement).
Puis Camille nota l’heure de fin.
A ce moment-là j’ai compris que, même si le temps était libre pour certaines épreuves, le temps global passé lors de ce test avait son importance.
Nous aurons passé moins de 1h30.
C’est passé vite, très vite.
Ceci dit, pour éviter autant que possible de biaiser tout lecteur de cet article qui serait désireux de passer ce test, j‘évite de donner trop d’informations.
Je dis cela car en ayant fait tous les pré-tests de Mensa² trouvés en ligne, j’ai le sentiment d’avoir pu altérer pour moi-même le test des matrices, par exemple. Ces pré-tests étant basés essentiellement sur des matrices, des dominos, des suites logiques, je me dis que j’ai pu altérer mes propres résultats au Wais IV par une forme d’entraînement en amont.
En même temps, ces pré-tests Mensa je les ai réussis, sans aucun entraînement au préalable.
Au-delà de toutes mes lectures sur le sujet du Haut Potentiel depuis juillet de cette année. Au-delà des vidéos vues et revues sur le sujet. Au-delà de quelques tests simplistes de QI en ligne, je pense que le fait d’avoir réussi ces pré-tests m’a incité à passer le Wais IV.
Il me fallait savoir.
Quelques mois de questionnements auront tout de même suivi avant de franchir le pas, avant d’imaginer rechercher le ou la psychologue qui pourrait m’inspirer confiance pour passer à l’étape suivante.
Pas simple.
Surtout qu’à 56 ans je n’ai encore jamais consulté de psychologue. Pas même après le décès de mon père quand j’avais 12 ans. Papa lui n’en avait que 34.
L’épreuve de ma jeune vie.
Quelques mois à vivre avant d’oser imaginer, à mon âge aujourd’hui, me confronter au seul test qui pourra m’en dire plus sur mon fonctionnement cognitif.
Quelques mois seulement entre la découverte du doute et cette étincelle, ce déclic, ce moment de prise de conscience. Quand le besoin de savoir vous taraude, vous use : savoir, oui savoir sans aucune incertitude, sans aucun doute possible.
L’instant de la bascule.
Là où finalement tout commence.
4 mois se seront écoulés.
Aujourd’hui je pourrai me servir des résultats obtenus au Wais IV (évidemment quand je les aurai et si je le souhaitais) pour adhérer à Mensa et entrer dans ce cercle très fermé des 2%. Sans même devoir passer ni valider leur propre test.
Une digression de plus par rapport au sujet de base, surement pas la dernière.
Pour en revenir au test Wais IV, maintenant que je l’ai passé et après quelques recherches sur des sites et des forums de Zèbres3, il me semble que je n’ai passé aucun des tests complémentaires possibles. Est-ce dû à mon âge ou à un autre critère ? A ce jour je n’en sais strictement rien, je poserai la question à Camille lors du compte rendu.
Avant cela, vendredi dernier en fin de test quand j’ai demandé si c’était terminé, Camille observa un court instant ses « instruments d’analyse » puis me dit :
« Je ne le fais pas habituellement mais là je ne vais pas vous laisser 15 jours dans l’attente. Nous sommes bien devant un profil HPI. Sans doute hétérogène et avec une forte exigence. »
A ce moment précis j’avais le sourire.
Comme si j’avais enfin la réponse à certaines de mes questions !
Je sais que je n’ai pas répondu parfaitement à tout lors de ce test… j’ai fait des erreurs mais dans l’ensemble je pensais avoir réussi la majorité des tests et cela venait de m’être confirmé. J’avais réussi tout en ayant le sentiment du « peut mieux faire » ou plutôt : j’aurai dû mieux faire.
La raison suffisante pour que le doute reste présent en moi.
Cela ne devrait pas, Camille m’a dit que nous étions bien devant un profil HPI.
Oui… mais… et si…
Plus les jours passent dans l’attente du compte rendu définitif, plus les questions m’envahissent et lorsque j’écris ces quelques lignes, le doute et l’impatience sont bien présents.
Ma forte exigence serait-elle aussi en train de me « jouer des tours » ? Cette exigence que je m’impose, comme je l’impose aux autres. A tous les autres.
Le temps de la possible « guérison » serait-il enfin proche ?
Je dis cela car je tente de me soigner depuis plusieurs années déjà, sans pour autant savoir de quoi je suis atteint. Ces mots résonnent comme mes acouphènes, comme mon perfectionnisme ou mon impulsivité face à la bêtise, face à l’injustice, face à la jalousie malsaine ou la méchanceté gratuite.
Ce sont des aspects indéniables de ma personnalité, comme des traits de caractère, indélébiles.
Le temps passe vite parfois, il est aussi très lent à d’autres moments.
Je n’ai pas encore les résultats définitifs, il me faudra attendre 2 semaines après le test, le temps de l’analyse et de la rédaction du compte rendu complet.
Plus le temps passe, plus la frustration monte.
J’aurai pu, j’aurai dû mieux faire !
Le choix du jour n’était pas le bon.
J’en prends conscience aujourd’hui car le Vendredi est une journée de repos pour moi, depuis 3 ans maintenant. C’est surtout la journée qu’il me faut pour récupérer des 3 jours compliqués, passés sur Paris pour mon job.
Il ne faut pas se leurrer. Quand le nombre de jours travaillés diminue ce n’est pas pour autant que l’on travaille moins. C’est juste pour en faire autant mais sur une durée plus courte. Le jeudi soir je me sens généralement épuisé et heureusement que le vendredi je suis « Off », trop fatigué de ma courte semaine très chargée.
La tête dans le guidon.
Ce vendredi 21/11 je l’ai très bien ressenti.
Plus nous avancions dans les tests, plus la fatigue devenait présente et plus j’avais des difficultés à rester concentré, à raisonner.
Et puis ce fut le moment de la frustration extrême, le moment des tests de mémoire et des calculs mentaux. Ce moment incroyable de solitude et d’incompréhension envers moi-même. Comme si le cerveau se mettait à paniquer. Pris dans ce tourbillon entre certitudes, doutes et incompréhensions.
La mémoire des chiffres et les calculs mentaux sont une de mes forces normalement. Par mon cursus et ma profession étroitement liée à l’expertise comptable, j’en ai toujours fait une zone de confort, limite une fierté.
Ça c’était avant !
Camille me dit : « Nous allons passer aux questions de calculs. C’est chronométré. Tout va bien se passer ».
Bah non en fait !
Si j’ai le sentiment d’avoir honteusement manqué un des tests, c’est bien celui-ci.
Comme si tout à coup quelqu’un appuyait sur « OFF » et qu’il était trop tard. Au lieu de ralentir pour mieux se concentrer, la « machine » se mettait à s’emballer au point d’en être incontrôlable et d’en perdre le fil (j’exagère sans doute un peu mais on est dans l’idée).
Une question de ce test me hante depuis 5 jours : celle des machines, justement, et des tâches.
Ais-je bien compris l’énoncé ? Impossible… j’ai dû mal comprendre !
Pourtant j’ai demandé à me faire répéter la question. Alors pourquoi sur une question de calcul mental on arriverait à trouver des décimales quand la réponse attendue ne peut être qu’un nombre entier !?! Les X secondes octroyées pour répondre à la question posée, je les passerais finalement avec cette nouvelle interrogation. Et s’il ne suffisait que d’arrondir au nombre entier supérieur ?!?
En fin de chrono j’ai donné une réponse de ce type dans l’urgence, jugée fausse. La question initiale resta sans réponse exacte, la mienne également mais j’aurais bientôt la réponse.
Au moment où j’écris ces quelques lignes nous sommes le mardi 25/11 tard dans la nuit et je pense maintenant que la meilleure option aurait été de passer ce test un lundi. Après 3 jours de repos et pas après 3 jours de travail intense.
Bref… je suis fatigué, épuisé par ces machines et ces tâches, par ces nouvelles questions qui m’accompagnent maintenant depuis quelques jours. Il est maintenant 2 heures 30 du matin ce mercredi 26 et je bosse tout à l’heure.
Je vais aller me coucher en tentant de ne pas y penser.
Quant au compte rendu, il ne me sera dévoilé que dans 10 jours désormais. Il faut donc que je dorme, que je relativise et que je débranche cette impatience qui me hante.
Il n’y a plus que ça à faire : patienter.
Que c’est dur !
Qu’est-ce que ce serait si Camille ne m’avait pas donné cette information…
Vendredi, j’avais rendez-vous avec moi-même.
À très vite, pour la suite.
Plume Noire – au détour d’un corridor donnant sur une multitude de questions
1 Camille : l’identité est changée, anonymisée, comme tout sur ce blog depuis sa création.
² Mensa : association de personnes à haut QI qui permet l’épanouissement au sein d’une communauté chaleureuse et stimulante ». Il s’agit là de leur définition, accessible ici pour Mensa France : https://mensa-france.net
3 Zèbres : terme communément employé pour désigner les personnes dotées d’un haut potentiel intellectuel, comme un synonyme des mots « surdoué » ou « atypique ». Je pense que j’opterais pour le mot « divergent » de mon côté, en rapport avec la pensée divergente mais aussi pour le film de science-fiction « Divergente » que j’ai vraiment apprécié dès sa sortie en 2014.
